de DUPRE Marie-Annick
à alma.marine@gmail.com
date 26 août 2009 11:03
objet : Autorisation
Vous avez l'accord de Sud Ouest et de l'auteur de l'article.
Cordialement.
Marie-Annick Dupré
Assistante Direction de l'information
& Rédaction en chef
____________________________________
De : JEAN CLAUDE GUILLEBAUD
Envoyé : mercredi 26 août 2009 10:54
À : DUPRE Marie-Annick
Objet : Autorisation
Merci du message.
J'ai été voir le site en question. Fort sympathique.
Je n'ai aucune objection à ce qu'il reproduise ma chronique.
Bien à vous.
JC Guillebaud
DANS LE QUOTIDIEN "SUD-OUEST"
** Des pieds-noirs et des larmes **
Durant l'été, à la campagne, il nous arrive de
grandes plages de silence, des insomnies,
du temps devant soi... Alors,
on en profite pour relire un vieux livre, compter les étoiles
ou
revoir sur DVD un film récemment découvert.
Visionné à nouveau cette semaine,
un film a effectivement
produit sur moi le même effet que la première fois :
une
silencieuse mais forte émotion. C'est un long documentaire
(trois épisodes)
consacré à l'histoire de ces
« pieds-noirs ». Réalisé en 2007 par Gilles
Perez,
je crois bien que « Les Pieds-Noirs, histoires d'une
blessure »
est sans équivalent à ce jour.
Quarante-sept
ans après, le temps me paraît venu d'écouter cette
souffrance.
Elle fut si longtemps refoulée.
Ou niée.
La
métropole n'accueillit que du bout des lèvres ces
Français d'Algérie, en 1962,
quand ils durent choisir
entre « la valise ou le cercueil », et quitter leur pays,
leurs maisons et leurs cimetières.
Pendant quatre longues
décennies, leurs larmes n'eurent pas très bonne presse.
Surtout à gauche.
Ne s'agissait-il pas de « colons »
?
De privilégiés ?
D'exploiteurs ?
Ce chagrin
n'était-il pas - comme celui des harkis - monté en
épingle par
l'extrême droite méridionale ?
Tous
« fachos », les pieds-noirs !
Alors,
ces Français-là, on accepta bien, par la suite, de
célébrer leur réussite,
leur intégration
métropolitaine et leur bonne humeur, mais à condition
qu'ils
fassent à peu près silence sur le reste.
D'accord
pour écouter Guy Bedos, Enrico Macias ou Marthe Villalonga ;
d'accord pour lire les romanciers venus de « là-bas
»
(de Max-Pol Fouchet à Jules Roy ou Louis Gardel)
ou se
souvenir des déchirements d'Albert Camus, mais pas davantage.
La
France, en somme, ne s'intéressa jamais vraiment à
l'histoire de cette
turbulente communauté faite d'Espagnols, de
Juifs séfarades, de Maltais,
d'Italiens ou d'Alsaciens-Lorrains
que l'Algérie avait fondus en un peuple
français
véritable.
Avec ses naïvetés.
Avec son goût du
bonheur et son attachement à la patrie métropolitaine,
qu'on venait défendre en traversant la
Méditerranée, via la campagne d'Italie, et en chantant
« C'est nous les Africains »...
Si
la France n'en a pas encore fini avec sa mémoire
algérienne, si l'obligation lui
est faite de regarder ce
passé en face, on aurait tort de croire que seules les
souffrances algériennes et musulmanes sont concernées.
Il
y a aussi celle des pieds-noirs, menu peuple de Bab el-Oued,
de
Constantine ou d'Oran qui fut bel et bien berné par le
régime gaulliste.
Et abandonné à son sort : l'exil
et le silence.
C'est
cette histoire-là que le réalisateur Gilles Perez a
entrepris de rapatrier pour de bon
(si l'on peut dire) dans la
mémoire nationale, par le truchement de ces trois
épisodes,
tous les trois bouleversants. Le romantisme des
origines, c'est celui de l'édification
d'un pays et de la
création d'une manière de peuple créole, mais plus
français
que les Gaulois eux-mêmes.
Les années
dramatiques, ce sont celles qui vont de 1954 à 1962 :
un
rêve se brise, l'horreur prend le dessus.
Les années
mélancoliques, enfin, ce sont celles des
«
événements »
(on ne disait pas la guerre),
des
meurtres de masse, des enlèvements d'Européens à
Oran,
de la fuite des pieds-noirs vers la métropole.
Cela valait d'être redit
Jean-Claude Guillebaud (Dimanche 16 août 2009)
http://www.sudouest.com/accueil/actualite/opinions/article/677372/mil/498858